Satan 2, bombes nucléaires, missiles... La Russie a-t-elle usé de toutes ses forces ?

Satan 2, bombes nucléaires, missiles... La Russie a-t-elle usé de toutes ses forces ? ARSENAL RUSSE. Avec près d'un million de militaires, plus de 6000 têtes nucléaires et le missile le plus puissant du monde, Satan 2, la Russie est l'une des plus grandes puissances militaires. Si sa progression est ralentie en Ukraine, il faut garder à l'esprit qu'elle a encore de la ressource.

[Mis à jour le 4 mars 2022 à 15h50] L'armée ukrainienne tient ses positions et repousse par endroit les troupes russes. Plus d'une semaine après l'invasion de l'Ukraine par la Russie, les forces du Kremlin peinent à prendre des villes comme Kiev ou Kharkiv, le résultat d'une erreur stratégique. "La Russie a un style de guerre qui n'a presque pas changé depuis la Seconde Guerre mondiale. Elle envoie toujours un premier échelon qui tâte le terrain, puis d'autres suivent. Mais là, il y a eu des ruptures de la chaîne logistique, d'où des abandons de véhicules. Les équipes se sont entraînées à se déployer, mais pas aux combats", détaille Joseph Henrotin, spécialiste en stratégie et rédacteur en chef du magazine Défense et sécurité internationale, au Parisien. Or, face à la résistance ukrainienne l'opération rentre-dedans n'a pas suffit. Ces contre-temps ne sonnent pourtant pas la défaite russe car Moscou, en tant que première puissance militaire, a encore de l'artillerie lourde dans ses placards.

Avec 900 000 militaires formant les rangs de l'armée russe et pouvant être rejoints par autant de réservistes, 2 000 chars et plus de 5 500 véhicules d'infanterie sans compter l'arsenal nucléaire, les moyens de l'armée russe sont colossaux et dépassent de loin les capacités militaires ukrainiennes. Le gouvernement de Kiev peut compter de son côté sur quasiment un million d'hommes en prenant en compte les rangs de réservistes. Si l'Ukraine n'a pas, elle non plus, montré toute l'étendue de sa force elle sait qu'elle doit plutôt jouer sur la stratégie que sur le nombre. Un détail qu'elle a bien compris et tente de mettre en œuvre en éloignant les premières troupes des bases arrières pour fragiliser les occupants russes. La technique porte ses fruits contre les assauts terrestres mais il est difficile de lutter contre les tirs aériens de précision dont raffole l'armée du Kremlin. Les missiles sont la grande force de Moscou, avec différentes portées, des têtes conventionnelles et d'autres nucléaires, des roquettes à sous-munitions, des bombes thermobariques et en ultime recours : le missile RS-28 Sarmat ou Satan 2 de son surnom. Inventaire et précisions sur l'arsenal russe qui réserve encore des surprises.

Le missile Satan 2, qu'est ce que c'est ?

En apparence, le cylindre noir reprend les caractéristiques des missiles balistiques intercontinentaux à ceci près que ses dimensions sont exagérément grandes : 30 mètres de long pour plus d'une centaine de tonnes. Sa taille lui permet d'être lourdement chargé de douze têtes nucléaires et d'infliger des dégâts sans équivalent. Selon les éléments de communication russe, un seul missile Satan 2 pourrait, en seulement quelques secondes, réduire à néant un territoire de 10 000 kilomètres et rayer la France ou l'Etat du Texas pourraient de la carte avec un seul bombardement. Une information à prendre avec précaution, une part de propagande étant à l'œuvre dans les médias russes. A l'étude et en confection depuis plusieurs années, le Satan 2 ou RS-28 Sarmat de son vrai nom est depuis 2021 prêt à être déployé par les forces militaires russes en cas de conflit. Il n'y a pas que pour leur force de frappe que les missiles Satan 2 sont redoutés. Les appareils issus de la nouvelle technologie disposent, toujours selon les informations russes, d'un mode furtif capable d'échapper à la vigilance des radars aériens. Leur trajectoire a aussi été pensée pour compliquer leur destruction par des systèmes de défense antiaérien.

L'arme d'artillerie fait froid dans le dos mais avant d'user du missile présumé le plus puissant de l'arsenal militaire mondial, la Russie à d'autres cartes à jouer. Satan 2 apparait comme l'attaque de dernier recours et "les Russes ne s'estiment pas en danger au point de devoir utiliser de telles armes, il faudrait une attaque massive sur le territoire russe pour cela", d'après l'analyste militaire et spécialiste de l'armée russe, Vincent Tourret, interrogé par le Parisien. Joseph Henrotin, lui, exclut le risque estimant que le missile "ne serait pas encore en service".

500, 2 500 km, quelles sont les portées des missiles russes ?

Outre Satan 2, la Russie dispose de différents types de missiles et elle ne s'est pas privée d'en lâcher quelques dizaines sur l'Ukraine depuis l'invasion du 24 février 2022. L'on connaît de l'arsenal russe les missiles Iskander, Kalibr et les missiles de croisière. Les premiers permettent des tirs entre 100 et 500 kilomètres et sont lancés depuis les véhicules terrestres. Les missiles Kalibr offrent des tirs de plus longues portées jusqu'à 2 500 kilomètres et partent généralement depuis la mer, enfin les missiles de croisière sont des obus largués par avion. Pour chaque arme, il est possible de lancer des attaques conventionnelles ou nucléaires en les chargeant d'ogives atomiques.

Les bombes à sous-munitions sont des armes d'une autre catégorie largement décriées et interdites par la Convention sur les armes à sous-munitions de 2008. Ces missiles sont en fait des conteneurs qui abritent et larguent en vol plusieurs projectiles explosifs appelés "sous-munitions". A l'opposé des frappes de précision, ces tirs aléatoires peuvent s'abattre n'importe où et font souvent des morts parmi les civils. Les ONG Amnesty International et Human Right Watch suspectent depuis plusieurs jours que des missiles à sous-munitions aient été utilisés par la Russie pour mener l'offensive sur l'Ukraine, ce qui constituerait un "crime de guerre" selon Joseph Henrotin.

Plus de 6000 ogives nucléaires, quelles sont les forces nucléaires russes ?

La Russie dispose du plus grand nombre de têtes nucléaires : 6 225, selon l'institut international de recherche sur la paix de Stockholm. Toutefois, parmi ces milliers d'ogives, certaines ne sont pas opérationnelles, d'autres en maintenance et d'autres encore en fin de vie en attente d'un démantèlement. Il n'en reste pas moins que 1600 missiles sont "déployés", soit prêts à être lancés à tout moment. La plupart des armes nucléaires sont des missiles balistiques intercontinentaux, comprenez capables d'être envoyés à plus de 3 000 kilomètres et à très grande vitesse. En plus de pouvoir lancer des attaques sur de - très - longues distances, la Russie peut, grâce à ses bombardiers, ses sous-marins et ses navires de surface, envoyer une bombe nucléaire d'où elle le souhaite.

D'après des informations de l'Otan, la Russie travaille encore à l'optimisation de son arsenal nucléaire avec la confection d'un missile hypersonique volant à une vitesse extrême à basse altitude et capable de manœuvrer en plein vol pour déjouer le traçage des bombes par l'ennemi. Ces missiles d'un nouveau genre sont encore en phase de test mais restent une menace à prendre en compte.

Les thermobariques, danger potentiel ou imminent ?  

Les frappes d'artillerie lourde de la Russie impressionnent le monde, et pour cause : les lance-roquettes tels que le TOS-1, le TOS-1A, produits et utilisés depuis les années 1980, ou le TOC-1A, sa version la plus récente produite en 2003 et qui possède 30 lance-roquettes en plus, sont capables de tirer des missiles avec des têtes thermobariques, autrement dit des bombes à vide. Ces bombes sont des armes de type conventionnel qui reposent sur la combinaison d'effets thermiques, d'ondes de choc et de dépression : la chaleur et la pression sont ainsi les deux effets produits par ces bombes. Alors que le niveau d'alerte s'intensifie un peu partout, Amnesty International, Human Rights Watch et l'ambassadrice d'Ukraine à l'ONU accusent, le 28 février, la Russie d'avoir usé de ces bombes thermobariques. Le média Korii, site de Slate dédié aux nouvelles technologies, rappelle d'ailleurs que les "TOS-1 sont les armes conventionnelles les plus ravageuses qui puissent être utilisées dans un conflit".

Toutefois, certains armements russes ne sont pas réellement déployés sur le terrain, comme le rappelle Capital. Si les vidéos mettant en scène des soldats russes manipulant des lance-roquettes TOC-1A fusent sur les réseaux sociaux, il n'est pas prouvé que ce type d'armement destructeur soit réellement utilisé dans le conflit. En outre, le matériel russe, s'il est très riche, n'est pas entièrement mobilisé, à l'instar du Nouveau Tank T-14 Armata, un nouveau tank moderne pas encore déployé, les premières unités opérationnelles étant pourtant arrivées fin 2021.

La Russie a-t-elle un système de défense aérien ?

Si elle est équipée d'un important arsenal offensif, la Russie a aussi investi sur des technologies défensives contre les attaques aériennes qui peuvent lui être infligées.  Elle dispose notamment d'hélicoptères d'attaque tels que des aéronefs de transport de troupes MI-17, dont le fameux Kamov KA-52 " Alligator ", hélicoptère de combat de hautes performances avec une capacité jour/nuit, conçu pour détruire les chars, attaquer d'autres hélicoptères ennemis, mais surtout pour garantir un haut degré de protection pour l'équipage. Depuis 2021, Moscou profite du système de missiles antiaériens S-500 Prometeï, jugé comme l'un des plus performants au monde. Le dispositif est capable de détruire tous les types de cibles, avions, drones mais aussi missiles balistiques intercontinentaux ou hypersoniques et est en mesure d'engager 10 réponses défensives simultanées.