Swift : c'est quoi cette "arme nucléaire" censée sanctionner sévèrement la Russie ?

Swift : c'est quoi cette "arme nucléaire" censée sanctionner sévèrement la Russie ? SWIFT. Sept banques russes sont déjà bannies de Swift, le principal réseau de traitement des transactions bancaires mondiales. Un moyen d'isoler la Russie de l'économie mondiale, mais une décision à double tranchant. Quels sont les risques pour la France et l'Europe ? Eléments de réponse.

[Mis à jour le 4 mars 2022 à 08h00] 200 pays concernés. 300 banques russes dans la boucle. 11 milliards d'ordres de paiement en 2021 dans le monde. 11 600 établissements bancaires. Le décor est planté. Swift, c'est tout ça, et c'est surtout le principal réseau de traitements des transactions interbancaires dans le monde. C'est pourquoi, l'Europe et les Etats-Unis souhaitent débrancher la Russie de ce dispositif pour l'isoler économiquement du reste de la planète. Une arme à deux tranchants, notamment pour la France qui compte de nombreux partenaires commerciaux en Russie, et de nombreuses entreprises françaises sont solidement implantées au pays des tsars. L'Europe, elle, utilise aussi le réseau SEPA, bien connu de tous. Toutefois, les opérations internationales les plus complexes passent plutôt par Swift.

Une décision a déjà été officialisée, 7 banques russes sont d'ores et déjà exclues du réseau Swift par l'Europe. VTB,  Bank Otkritie, Novikombank, Promsvyazbank, Rossiya Bank, Sovcombank et VEB seront bannies à partir du 12 mars.

A contrario, la première banque du pays, Sberbank et ses 110 millions de clients présenterait trop de liens sensibles avec l'Europe, elle ne sera pas exclue du dispositif international. Toutefois, près de 70% du réseau bancaire russe devrait se voir banni de Swift. Ce sont pas moins de 300 banques russes qui devraient être dans l'incapacité d'effectuer la moindre transaction bancaire. Le secteur des énergies est notamment ciblé, pourtant, le gaz et le pétrole devraient échapper aux sanctions européenne contre Moscou.

Les entreprises russes, elles, ne pourront pas emprunter, sauf à des taux très élevés, pour investir et développer l'économie. On parle pour l'heure de taux d'intérêt à hauteur de 10 à 20%, après l'augmentation déjà pratiquée par la banque centrale russe. La position du ministre de l'Economie, Bruno Le Maire est claire : "Nous allons provoquer l'effondrement de l'économie russe", ni plus ni moins. L'effondrement de la Russie et la capitulation de Vladimir Poutine semblent encore loin, mais la monnaie russe, le rouble semble déjà souffrir avec un effondrement de 30%

Swift, c'est quoi ?

Swift est l'acronyme de "Society for Worldwide Interbank Financial Télécommunication". Créée en 1973, cette société basée en Belgique fait office d'intermédiaire informatique entre les clients de différentes banques. Autrement dit, elle centralises les ordres de virements, à la manière d'une messagerie électronique sécurisée entre les pays.

Swift regroupe plus de 11 600 établissements bancaires dans plus de 200 pays. L'an dernier, en 2021, le réseau a transmis 10,6 milliards d'ordres de paiement dans le monde entier.

La Russie va-t-elle être bannie de Swift ?

Selon toute vraisemblance, une grande partie du marché bancaire russe devrait être totalement exclue du réseau Swift, jusqu'à 70%. Bonne nouvelle pour la France, les achats de produits énergétiques pourraient ne pas être concernés par cette manœuvre. Notamment le gaz dont les pays européens sont, pour certains, extrêmement dépendants de la Russie. Filiale de la Société générale, la banque russe Rosbank pourrait également échapper à l'exclusion du système Swift.

Ce mercredi 2 mars, 7 banques russes ont déjà été débranchées de Swift. Les sanctions européennes commencent à tomber, et ce n'est que le début.

Que risque la France après l'exclusion de la Russie du réseau Swift ?

Dramatique pour l'économie russe, la déconnexion de Swift pourrait aussi se retourner contre les pays européens, et la France. Deuxième investisseur étranger en Russie, et premier employeur avec 160 000 salariés, la France a finalement beaucoup à perdre d'un tel acte. Aussi, l'une des principales banques russes, Rosbank, est détenue par... La Société générale !

C'est une réelle décision à double tranchant pour l'Europe. Il est difficile, voire impossible d'imagine une exclusion totale des banques russe du dispositif Swift. En effet, une telle décision empêcherait tous les Occidentaux d'acheter du pétrole, du gaz, du charbon, ou encore du blé. Un acte qui s'avèrerait contre productif pour la France, mais encore plus pour des pays comme l'Allemagne dont le 1/4 de l'énergie consommée provient de la Russie.

La France exporte 5 milliards d'euros de biens par en en Russie. Une exclusion totale de Swift de la Russie entrainerait des manques à gagner colossaux pour l'Hexagone, et des difficultés de paiement assez inédites.

Que risque économiquement la Russie après son débranchement de Swift ?

L'éventualité d'une exclusion de la Russie du réseau Swift pourrait s'avérer extrêmement pénalisant. Cela mettrait fin à toutes les transactions internationales de la Russie, de quoi engendrer un exode massif des capitaux. Le système bancaire serait clairement au ralenti, et la Russie devrait alors s'appuyer sur des systèmes de messageries sécurisées alternatives. Elle dispose effectivement, depuis quelques années, d'un système propre de validation des opérations bancaires (SPFS), mais totalement incomparable avec Swift. Seulement une petite vingtaine de banques en font partie.

La solution la plus plausible serait de se rapprocher de la Chine, elle aussi propriétaire de son propre réseau de traitement des opérations bancaires. Un handicap extrêmement lourd pour s'insérer dans l'économie mondiale. Pour rappel, les banques iraniennes ont été déconnectés du système Swift en 2012. Résultat ? La moitié des recettes d'exportations du pays étaient parties en fumée. Enfin, la Russie pourrait décider de d'appuyer sur les réseaux bancaires indiens pour conserver un minimum d'échanges avec l'international.

Bruno Le Maire a également annoncé que l'intégralité des avoirs de la banque centrale russe ont été gelés dans la nuit de lundi 28 février à mardi 1er mars. Ce qui représente des dizaines de milliards d'euros, et ce qui entrave largement les réserves de change de la banque centrale russe sur sa capacité à financer le commerce russe en devise. Comme l'a évoqué le ministre de l'Economie, les premiers effets sont déjà bien visibles pour la Russie sur "le niveau du rouble, les taux d'intérêts et sur le marché financier" avant de poursuivre : "Nous poursuivons le recensement complet des avoirs financiers de biens immobiliers, des yachts, des véhicules de luxe qui appartiendraient aux personnalités russes sous sanctions européennes." La France va également identifier l'ensemble des Russes ayant des avoirs dans l'Hexagone, et qui pourrait donc être ajoutés à la lise de sanctions européennes en raison de leur proximité avec le pouvoir russe