Russie en guerre : toutes les sanctions prises, quel impact sur les Russes ?

Russie en guerre : toutes les sanctions prises, quel impact sur les Russes ? RUSSIE. A l'heure où l'invasion russe en Ukraine progresse, l'Union européenne, offensive, multiplie les sanctions communes contre le Kremlin. Mais suffiront-elles à freiner Vladimir Poutine ?

Depuis le jeudi 24 mars, l'Union européenne a acté plusieurs vagues de sanctions contre la Russie en réponse à son agression militaire en Ukraine. Qu'elles soient économiques, sportives ou géostratégiques, elles ont toutes pour fin politique d'accroître l'isolement russe et in fine de contraindre le régime de Vladimir Poutine de mettre fin à la guerre.

Sanctions à impact économique

Réactifs, les 27 ont décidé du gel des réserves de la Banque centrale russe placées en Union européenne pour bloquer toute transaction ou rapatriement de ces liquidités vers la Russie. Une action inédite quand on sait que le montant total de ces avoirs est estimé à plus de 600 milliards, comme le rappelle Libération. La détention ou le gel des actifs financiers russes dans l'UE touche également les hauts gradés militaires. Sans oublier les oligarques, en particulier les 488 ressortissants russes dans le viseur de plusieurs centaines de fonctionnaires européens, comme l'explique Ouest France. Depuis l'Europe, la traque aux personnalités est donc en cours, ciblant même Sergueï Lavrov, le ministre des Affaires étrangères russe et M. Poutine. En allié fidèle, les Etats-Unis suivent la tendance en gelant les avoirs de la Banque centrale russe et en demandant à ses entreprises Mastercard et Visa de bloquer leurs services de carte bancaire et de paiement aux banques russes. En plus du ralentissement des transactions financières, les occidentaux ont acté de la suspension des exportations de technologies cruciales comme les logiciels ou les composants électroniques vers la Russie, à l'instar du Canada qui a bloqué des permis d'exportation dans les secteurs aérospatial, minier et technologique de l'information. Ces permis étaient équivalents à 487 millions d'euros.

Des banques russes évincées de Swift

Les mesures ne seront cependant pas rendues effectives instantanément : à l'instar de l'exclusion des établissements russes du réseau de transmission d'informations financières SWIFT qui est en cours, le blocage des opérations russes risque de prendre un certain temps. Peu importe le délai, une certitude s'impose en Europe : la Russie est peu à peu mise au ban des marchés et transactions financiers, en plus d'être entravée dans ses échanges commerciaux. Avec les banques coupées de SWIFT par exemple, le ralentissement de l'approvisionnement en gaz et en pétrole en provenance de la Russie sera tel que l'on peut s'attendre à ce que le PIB russe perde autour de 7%, analysent les Echos. Les résultats tombent d'ailleurs rapidement : lors du sommet en session extraordinaire réunissant les ministres des Finances du G7 le 1er mars, ils se sont félicités des effets de leurs sanctions, comme le détaille un autre article du même journal. Les conséquences ont été telles que la Bourse de Moscou a annoncé sa fermeture jusqu'au 5 mars prochain, trop affaiblie par la chute du rouble sur les marchés de change (-30% par rapport au dollar fin février) et à l'augmentation de son taux directeur (+20% fin février).

Des pénalités sportives

Lundi 28 février fut une rude journée pour une Russie déjà affaiblie par l'annonce de l'UEFA le 25 février du déplacement de la finale de la Ligue des champions prévue le 28 mai prochain du stade Krestovski de Saint-Pétersbourg au Stade de France. Après la décision historique de la Fifa d'exclure la Russie de la Coupe du monde de football, le Comité International Olympique s'est lui aussi aligné sur la stratégie européenne d'isolement de la Russie en décidant de bannir les sportifs russes et biélorusses des compétitions dans une recommandation officielle. Quant au Comité International Paralympique, il s'est finalement décidé, le 3 mars, à exclure les athlètes paralympiques russes et biélorusses des Jeux Para d'hiver de Pékin débutant le lendemain. Le désaveu du monde sportif est un coup dur pour Vladimir Poutine qui a beaucoup investi pour étoffer son soft-power, notamment en organisant des évènements sportifs planétaires tels que le Mondial-18 et les JO de Sotchi en 2014, comme l'expliquait France24.

RT, Sputnik... Les médias russes invisibilisés

Côté médias, les russes RT et Sputnik se voient suspendus de la zone européenne par les réseaux sociaux. Nombreux sont ceux qui ont déjà acté cette mise au ban, à l'instar de Facebook, TikTok ou Twitter. Ces sanctions font suite au discours qu'Ursula Von der Leyen, présidente de la Commission Européenne, a prononcé lors d'une conférence de presse le 27 février, et diffusé par France24. Elle y indiquait notamment que l'Europe devait "interdire la machine médiatique du Kremlin". Elle se s'en cache pas, l'objectif est ainsi d'empêcher les médias d'Etat russes de "diffuser leurs mensonges pour justifier la guerre de Poutine et pour semer la division dans notre union". Si les médias russes tentent de répliquer, s'indignant, à l'instar de RT France, d'une "violation de l'Etat de droit" par ces mesures allant "à l'encontre des principes de la liberté d'expression" (dans un article publié sur son site), la fermeté européenne porte ses fruits : de fait, même Twitter qui tardait à se rallier au blocus des médias russes, a annoncé le 3 mars que la mention " compte à accès restreint " s'afficherait sur les écrans de ceux qui tentent encore de consulter RT et Sputnik. La décision commune de l'Union européenne portant sur l'interdiction de la diffusion des contenus de ces médias russes sur les réseaux sociaux est entrée en vigueur le même jour (à retrouver sur le journal officiel de l'UE).

Quelle répercussion sur la population russe ?

Si plus de 836 000 personnes fuient l'invasion russe en Ukraine et affluent vers les pays limitrophes, augmentant chaque jour les chiffres des personnes déplacées de manière "exponentielle" -d'après un recensement du Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés publié le mercredi 2 mars-, de l'autre côté, la situation du peuple russe n'est guère enviable. Conséquences directes de toutes ces sanctions économiques, la monnaie est en chute libre, les taux d'intérêt s'envolent, les marchés boursiers ferment. Et surtout, les étagères des magasins, vidées, et les files d'attentes devant des banques au bord de la faillite, rallongées, peignent un bien triste tableau. La puissance de M. Poutine ne sera ainsi pas la seule chose à être ébranlée : c'est aussi le quotidien des russes "ordinaires" qui va être bouleversé, ce qu'a reconnu le ministre de l'Economie français Bruno le Maire lors de son intervention enflammée sur le plateau de FranceInfo le 1 mars : "Le peuple russe en paiera aussi les conséquences".

Sanctions à impact géostratégique

Si Joe Biden s'est empressé de souligner l'isolement de Moscou en qualifiant Vladimir Poutine de "dictateur" lors de son premier discours sur l'état de l'Union le 1er mars, le Kremlin ne cille pas. Il dit s'être préparé à une telle éventualité, comme l'affirme Dmitri Peskov, le porte-parole de Vladimir Poutine : "Pour que cette période émotionnelle soit la plus passagère possible, toutes les mesures nécessaires ont été prises". Même la banque centrale Russe répond avec témérité aux sanctions déstabilisantes, assurant avoir des "plans d'action clairs pour tout scénario". Mais pour ne pas devenir un paria, vers qui la Russie pourrait-elle donc se tourner ?

Alors que l'Europe ne veut plus avoir à compter sur la Russie pour subvenir à ses besoins énergétiques, Vladimir Poutine va devoir réfléchir à la manière de réorienter ses exportations russes de gaz naturel, de pétrole et de charbon. Et pourquoi pas vers l'Asie ? De fait, l'Inde et la Chine se sont abstenues de condamner la Russie pour l'envahissement militaire de l'Ukraine lors du vote de la résolution au conseil de sécurité de l'ONU, la Chine lui préférant la seconde version du 25 février, plus clémente envers la Russie, "déplorant" seulement l'agression contre l'Ukraine. Peu de temps avant, lors de la rencontre entre Xi Jinping et Vladimir Poutine pour la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques le 4 février, les intérêts communs et la marché à suivre contre le " monde libre " avaient d'ailleurs été réaffirmés. Dans une période de convergence des pays occidentaux pour faire front à la Russie, cette neutralité affichée de l'Asie est un bon signe pour Moscou, comme l'explique La Tribune. Si la Russie subvient aujourd'hui à 20% des besoins en gaz naturel de la Chine et à 30% de ses importations pétrolières, c'est grâce à des investissements croissants, notamment avec les 420 milliards de m3 livrés à la Chine en 2020 contre 170 milliards en 2013. Un rapprochement entre les deux puissances apparaîtrait également bénéfique sur le plan géopolitique pour une Chine - qui rêve d'une grande réunification des îles d'Hong-Kong et de Taiwan - et une Russie isolée diplomatiquement.

Toutefois, cette union reste pour l'instant de l'ordre de l'éventualité. Si Pékin avait affirmé "comprendre les préoccupations légitimes" de Moscou lors d'un appel le 24 février entre Wang Yi, le ministre chinois des affaires étrangères et son homologue Sergueï Lavrov (conférence de presse publiée par la Chine), le chef de la diplomatie chinoise Wang Yi a exprimé, le 2 mars, son "profond regret" quant au conflit russo-ukrainien lors d'un appel avec son homologue ukrainien Dmytro Kouleba rapporté par la télévision publique CCTV. Cette ambiguïté de la position chinoise vis-à-vis de la guerre en cours s'explique par plusieurs facteurs. Pour un Xi Jinping qui priorise la rhétorique de l'unité nationale, la sécession est une grande menace. La Chine ne peut donc pas pleinement approuver la reconnaissance d'indépendance proclamée le 21 février par M. Poutine des territoires du Donbass, le Donetsk et le Lougansk, auquel cas elle tendrait la perche de l'autonomie aux territoires et provinces chinois à velléités indépendantistes telles que le Tibet ou le Xinjiang. Ainsi, les déclarations occidentales qui fustigent le "séparatisme" au Donbass sont une bonne nouvelle pour Pékin qui emploie ces termes à longueur de journée. Au-delà de l'importance des mots, il y a celle des chiffres : si la Chine décide de soutenir la Russie au détriment des occidentaux qui eux la condamnent, le prix à payer serait très élevé, le commerce bilatéral entre la Chine et l'UE représentant 467 milliards d'euros en 2020 et l'UE étant le premier partenaire commercial de la Chine. Ce lien est surtout celui d'une interdépendance, la Chine étant elle aussi le 2nd partenaire économique de l'UE, comme le détaille le HuffPost.

Encore indécise car tiraillée entre les deux pôles stratégiques que sont l'Occident et la Russie, la Chine se contente pour le moment d'appeler à la désescalade dans le conflit russo-ukrainien, selon les termes de Wang Wenbin, le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères le 1er mars.